Documentation et réflexion sur la foi catholique si malmenée dans nos tristes jours.
Un des grands tourments des âmes qui veulent être fidèles à Dieu et se sanctifier, un des poisons les plus insidieux de la vie chrétienne, une des causes les plus fréquentes du découragement dans la vie spirituelle, est constitué par ce quon nomme communément les mauvaises pensées.
Dans le langage courant, cette expression désigne les pensées contraires à la sainte vertu de pureté. Mais il existe d'autres genres de mauvaises pensées : celles denvie, de vengeance, de suicide etc.
Ce sont les mêmes principes qui sappliquent à toutes, parce quon na pas le droit de se complaire dans la pensée du mal et dy porter de l'affection, même si lon na pas lintention de le réaliser.
1. Nature
Une mauvaise pensée est la complaisance délibérée dans un péché représenté par limagination.
Il faut distinguer la mauvaise pensée du mauvais désir. Celui-ci se réfère une action concrète que non seulement on se représente mais encore quon désire accomplir ou quon désirerait accomplir si lon en avait la possibilité hic et nunc. Le consentement au mauvais désir porte sur laction elle-même, le consentement à la mauvaise pensée porte sur la délectation issue de sa présence dans lâme, en laquelle on se complaît, bien quon nait aucune volonté daccomplir lacte mauvais représenté.
La mauvaise pensée se distingue aussi de la délectation dans le souvenir du péché déjà accompli. Dans la mauvaise pensée, la complaisance volontaire porte sur le péché imaginé et non sur le péché en acte.
2. gravité de la matière
La complaisance dans limagination du péché nest rien dautre quune affection volontaire au péché : la mauvaise pensée a donc la gravité objective du péché dans la représentation duquel on se complaît.
Le mauvais désir et la joie mauvaise du péché déjà accompli se réfèrent à un acte concret ; il en contractent donc toute la malice. En confession, sil sagit dune matière grave (ce qui est toujours le cas pour limpureté), il faut en accuser la nature précise.
Dans la mauvaise pensée, au contraire, ce quon veut, ce quon aime, ce pas le mal tel quil est en lui-même, mais le mal tel quil est imaginé ; cette pensée a donc la malice de lobjet de la complaisance : ce peut être lacte représenté et ses circonstances (quil faut alors précisément accuser en confession, sils sont graves) ; ce peut être la simple présence d'une pensée mauvaise de tel genre dans lesprit. À cause de la mobilité de lesprit, cest parfois difficile à discerner et il est périlleux de sy efforcer sil sagit de pensées impures. Dans le doute, on accusera en confession tel ou tel genre de pensées mauvaises contre telle vertu.
3. signes du consentement
Pour quil y ait péché, il faut quil y ait consentement de la volonté : le péché est en effet dans la volonté. Pour qu'il y ait péché mortel, il faut quil y ait, outre la matière grave, plein consentement ; il faut donc que la raison saperçoive auparavant de la malice de la pensée qui lhabite, et que la volonté laccepte.
Le consentement à une telle pensée peut être direct (lacte de volonté porte sur la délectation de limagination du péché) ou indirect (on a provoqué la mauvaise pensée par imprudence délibérée, on a omis de résister quand la pensée est devenue consciente).
Sil est parfois difficile de discerner lobjet précis de la complaisance dans la mauvaise pensée, il lest plus encore, bien souvent, de savoir quel consentement on a donné a une mauvaise pensée.
Dans le cas de doute, il faut se dire ceci : si ladite pensée na pas duré longtemps, si on na pas le vice extérieur qui correspond à la pensée ou si on le combat généreusement, si on a lintention habituelle de servir Dieu et de lutter pour lui rester fidèle, on peut, bien plus, on doit présumer quon na pas donné son consentement, du moins pas un consentement parfait.
Ne confondons pas sentir et consentir. Quelle que soit la tentation, la volonté demeure maîtresse delle-même ; ni les circonstances ni le démon ne la peuvent violenter. Le jeu du démon est de décourager, de semer la panique afin que nous rendions les armes ou tombions dans un scrupule qui ôterait toute force.
4. Remèdes
Les remèdes aux mauvaises pensées sont nombreux et efficaces, pourvu quon soit prêt à combattre généreusement pour rester fidèle Dieu.
Le premier est la vigilance et la fuite des occasions : « Veillez et priez afin de ne pas entrer en tentation ». Cette vigilance sexercera avant, en évitant ce qui pourrait amorcer une mauvaise pensée ; pendant en réfrénant limagination et en lappliquant à un autre objet ; après la tentation, en tirant les leçons et en chassant jusquà son souvenir.
Les sacrements sont les secours les plus puissants et les plus efficaces contre les mauvaises pensées. La sainte Eucharistie nous attache aux pensées célestes et modèle notre esprit sur celui de Jésus-Christ ; la Pénitence remédie à nos faiblesses et nous apporte des grâces de combat et de persévérance.
La prière et la dévotion la sainte Vierge Marie nous obtiennent de puissantes grâces et, en favorisant dans la présence de Dieu, la recherche de la paix intérieure et la discipline de limagination, arrachent lâme aux attraits du péché. Ceux qui sy exercent courageusement évitent bien des déboires.
Louverture de conscience enfin, selon lexpérience universelle, en découvrant humblement la tentation, ôte laveuglement de lamour propre qui entretient lâme dans lillusion et la fragilité.
Nul ne peut se promettre dêtre toujours exempt de tentations de mauvaises pensées. Si le Bon Dieu les permet, ce nest pas pour que nous succombions ; cest au contraire pour que nous ayons loccasion de lui montrer que réellement nous laimons par dessus tout.
Alors ces tentations, en nous gardant dans lhumilité et la dépendance de la grâce, en nous faisant combattre et nous renoncer, seront loccasion d'une grande montée dans la charité, qui ne passera pas.
Nous aurons tout gagné.