Une des caractéristiques du modernisme est la confusion de l'ordre naturel et de l'ordre surnaturel : – soit pour réduire la vie humaine à la vie naturelle, la grâce nétant qu'un « supplément d'âme » comme disait Bergson ; et ainsi on méconnaît l'infinie transcendance de la grâce ; – soit pour faire de la grâce un complément plus ou moins nécessaire, sans lequel la nature est inconsistante et pas vraiment humaine ; et ainsi on méconnaît l'infinie gratuité de la grâce.
Saint Pie X relève cela tout au long de l'encycliquePascendi: qu'il sagisse de la religion, de la foi, de l'apologétique ou de l'histoire, toujours le moderniste confond la nature et la grâce, rabaissant ainsi l'une et l'autre, rendant la religion vaine.
Il n'est donc pas sans intérêt de rappeler quelques notions élémentaires, et l'ordonnance de l'œuvre de Dieu.
Les trois Ordres
Selon le degré d'engagement (ou d'implication) de Dieu dans son œuvre, on distingue :
1. L'ordrenaturel dans lequel Dieu donne à chaque nature son être et son action propres, et les conserve. Dieu est fin de tout l'ordre naturel – fin connue et aimée par-dessus tout par les natures intelligentes (anges et hommes), mais seulement indirectement.
2. Le domainesurnaturel au-dessus de la nature, de la fin, des forces et des exigences de toute nature créée et créable. On y distingue :
2-a] l'ordre de lagrâce dans lequel Dieu élève les créatures intelligentes pour les faire participer à sa vie intime, les destinant ainsi à le connaître et à l'aimer directement – non pas seulement en ce qu'il manifeste dans la création mais tel qu'il est en lui-même.
2-b] l'ordrehypostatique dans lequel Dieu s'unit personnellement à une nature créée ; c'est l'ordre de l'Incarnation auquel appartiennent Notre-Seigneur Jésus-Christ, la sainte Vierge Marie en raison de la maternité divine (instrument de l'insertion du Fils de Dieu dans lanaturehumaine) et saint Joseph (instrument de l'insertion du Fils de Dieu dans lasociétéhumaine).
L'ordre surnaturel est constitué par la réunion de l'ordre de la grâce et de l'ordre hypostatique.
Division du surnaturel
1. Surnaturelquoad substantiam, selon la cause formelle, selon l'être même.
1-a] incréé : Dieu en son essence intime et trinitaire. Substance surnaturelle.
1-b] créé (être accidentel) : vision béatifique, grâce sanctifiante, vertus théologales, vertus morales surnaturelles infuses, dons du Saint-Esprit, grâce actuelle, conversion d'un pécheur, Incarnation du Fils de Dieu.
2. Surnaturelquoad modum, selon une cause extrinsèque.
2-a]Ex parte finis, du côté de la fin : acte intrinsèquement naturel surnaturellement ordonné par la charité à la fin surnaturelle : amour de la patrie, manger et boire
2-b]Ex parte efficientis, selon la production : le miracle.
2-b-1]Quoad modum. C'est lemode de productionqui est surnaturel, car la nature peut produire l'effet d'une autre façon (plus longue, plus pénible) : guérison instantanée, eau changée en vin, don des langues
2-b-2]Quoad subjectum. Cest laprésence de l'effet dans tel sujetqui est surnaturelle, car la nature peut produire le même effet mais dans d'autres sujets : résurrection non glorieuse, connaissance des secrets des cœurs, vision sans pupille
2-b-3]Quoad substantiam.La nature ne produit jamais cet effet, mais celui-ci n'est pas pour autant en dépendance intrinsèque de la participation à la vie intime de Dieu : glorification des corps, prophétie, marche arrière du soleil
3. Surnaturel improprement dit : la production de l'effet est au-dessus de telle nature créée. Ainsi les actions angéliques ou les prodiges diaboliques.