Documentation et réflexion sur la foi catholique si malmenée dans nos tristes jours.
« Mais les vôtres [vos enfants], mon Colonel, ne sont pas vraiment privés de leur père. L'absence corporelle du Père, je l'ai vécue avant eux. Pendant la première grande guerre, de ma quinzième à ma dix-neuvième année, je n'ai pas vu une seule fois mon père, qui commandait le cercle de Na-Cham. Il nous gouvernait des confins chinois, par de longues lettres qu'il écrivait à notre mère, et ces lettres, qui mettaient six ou sept semaines à nous arriver, étaient pour nous la loi et les prophètes. Tout était traité, ce que ses enfants devaient aimer, ce qu'ils devaient détester ; ce qu'ils devaient estimer, ce qu'ils devaient mépriser, les études, les relations, la conduite quotidienne et les grandes orientations de la vie. Tout était écouté, admis, exécuté, je ne dirai pas sans une désobéissance, mais sans même l'idée d'une désobéissance, et d'autant moins que nous n'aurions pu désobéir à notre père sans meurtrir notre mère, chose à laquelle nous aurions certainement préféré la mort. Cette présence paternelle dans l'absence, vos enfants la vivront comme je l'ai vécue, non seulement sans détriment, mais avec plus de gravité et d'austérité, ce qui, pour les chrétiens, est un bienfait, comme tout ce qui enracine dans notre vie la Croix très sainte de Notre-Seigneur. » (Notre-Dame de Joie, pp. 252-253)